« Quelqu’un finira bien par découvrir ceci un jour ou l’autre. Cela me semble d’autant plus probable qu’il est tout à fait dans la nature humaine d’ouvrir un cahier marqué JOURNAL INTIME, […]. Alors oui, cette histoire sera probablement lue. La vraie question, cependant est de savoir si on me croira. Très certainement pas, mais c’est sans importance. Ce qui m’intéresse n’est pas d’être cru mais d’être libre. Et j’ai découvert qu’écrire pouvait donner ça, la liberté. »
Stephen King, Tout est fatal (Everything’s eventual), 2002
28 septembre 2010 à Cris et Chuchotements
Nous apprenons l’existence de cette soirée en août, en marge de notre apprentissage du Shibari. Cris et Chuchotements est à mes yeux un endroit mythique, qui a nourri mon imagination de puis très longtemps. J’ai une sincère admiration pour le SM, Mlle apprécie l’esthétique mais a encore du mal à appréhender l’esprit. J’hésite beaucoup à me rendre en ce lieu si sacré pour moi, j’ai peur de ne pas y être à ma place. Renseignements pris, il semble que cette soirée nous soit ouverte, nous y sommes chaleureusement conviés. Ne résistant ni à l’enthousiasme de Mlle Rose, ni à l’envie de voir à l’œuvre de vrais experts du shibari. Nous réservons début septembre.
Le temps s’écoule et je continue d’être perplexe, tout est prétexte à hésiter. Fort heureusement, par l’intermédiaire d’un forum que je fréquente assidument, je fais l’agréable connaissance de Valleriane, une habituée des lieux qui me prodigue de nombreux conseils. Sans elle ma nervosité aurai probablement donné un autre gout à cette soirée. Elle me propose d’amener mes cordes, mais la c’est trop pour moi, j’aurai trouvé cela trop prétentieux et offensant pour les deux personnes officiant à cette soirée, je décline donc l’offre. Mais je note dans un petit coin de mon esprit cette possibilité, attendant le jour ou je me sentirai prêt et suffisamment confiant en mon art pour avoir l’honneur d’œuvrer en ce lieu.
Arrive donc le jour tant attendu, Mlle Rose est excitée comme jamais, moi plutôt intimidé. Apres une bonne demi-heure à tourner autour des lieux à chercher une place, nous tombons miraculeusement sur un petit parking privé, dont les tarifications sont inversement proportionnelles à la taille des lieux.
L’entrée ne paye pas de mine, nous avons peur de nous être trompé d’adresse, mais non une petite plaque en bronze nous rassure. D’autres personnes arrivent, armées de sac à dos visiblement rempli d’accessoires pour leurs jeux interdits.
Descente dans une petite cave. L’ambiance n’est pas oppressante, au contraire. Tout le monde est souriant et accueillant, bien plus agréable que dans un club libertin ne puis je m’empêcher de penser. Nous retrouvons Valleriane quelques minutes après notre arrivée, et je dois avouer que j’ouvre des yeux immenses tant son corset en cuir m’épate. Toute la soirée ces dames rivaliseront de beauté et d’inventivité dans leurs tenues (Mlle Rose et moi conservons un souvenir admiratif de la tenue de H, en cuir noir et blanc d’une grande élégance).
La soirée se décompose en un buffet de qualité accompagné au piano par Philippe de Beaumont. Petit instant de stupeur, nous découvrons qu’il ne s’agit pas d’un véritable piano et musique classique, mais d’un piano électronique et de chansons délicieusement désuètes qui s’accordent magnifiquement au cadre. La soirée avance doucement au rythme de conversation avec les convives et une visite des lieux détaillée encore inutilisés. SI l’univers SM n’est pas le notre, une salle va particulièrement enflammer mon imagination. Dotée de multiples points d’encrages, d’anneaux de suspensions, de bracelets en cuirs que je caresse en imaginant celles et ceux qui y ont été contraints, je ne peux que rêver un jour d’y officier. Qui sait peut être un jour relirai je ce texte en souriant comme je relis aujourd’hui mes premiers textes de libertin.
Et arrive Maitresse Leïa (http://leia-art.com et http://www.leia-dominatrice.com/accueil.html), d’une prestance incroyable, que dire si ce n’est que je suis subjugué toute la soirée. Quelques volontaires se proposent à ses mains expertes. Nous n’en serons pas pour cette fois-ci. Je détaille chacun de ses mouvements, de ses nœuds. Il s’agit d’une forme qui m’est inconnue, basée essentiellement sur l’efficacité en vue d'une suspension, orienté vers une domination sexuelle, plus que sur l’esthétisme, bien qu’elle distille certains éléments d’une grande beauté (un corset pour les cheveux, un long nœud central en Y …), c’est absolument passionnant.
Il y a donc une composante que je soupçonnais déjà depuis le début dans le Shibari et qui m’apparaît flagrante : la mise en scène. Plus que la tenue, les gestes, les attitudes, l’alternance de cordes qui caressent puis qui fouettent le corps, toute la prestation est maitrisée pour que la personne ligotée s’abandonne pleinement.
Après deux suspensions, nous prenons conscience de l’heure avancée de la nuit et que nous ne pouvons guère rester plus longtemps.
Nos commensaux se sont éclipsés à l’étage pour s’adonner à leurs jeux favoris, nous ne voulons pas les déranger, ni jouer les voyeurs, nous préférons nous éclipser discrètement et leur envoyer un message de remerciement chaleureux.
Philippe de Beaumont nous croise à notre sortie, en hôte attentionné il s’enquière de notre appréciation de la soirée. Nous nous empressons de le remercier chaleureusement pour son accueil, regrettant déjà de ne pouvoir revenir en Octobre du fait de notre voyage au Japon, mais assurant de notre présence dès notre retour. Son dernier conseil sera de penser à acheter des cordes là-bas (elles sont d’une qualité inégalable). Conseil que nous avions déjà prévu d’exécuter, les cordes d’Osada Steeve étant vendu dans les sexes shop M’s, dont une boutique se trouve justement à Osaka, destination finale de notre séjour. Nous prévoyons aussi de visiter quelques bars S.M. et bien entendu de rédiger quelques récits dépaysant à notre retour.
A notre grand désespoir deux soirées shibari sont prévues en octobre, espérons qu’elles soient à nouveau organisées en novembre.